Éliane Cascio

Écrivain public

Diplôme de la Sorbonne Nouvelle

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Extrait de biographie n° 2

Exemple de biographie : extrait n°2

Les noms

De tous ceux que je connais, me voilà bien le seul bonhomme à avoir porté trois patronymes. Trois noms de famille qui ont été officiels, ou officieusement officiels. Trois noms qui se sont croisés et qui ont fait de mon identité une absence, une recherche, un calvaire qui ne manque pas d’ironie. Le patronyme, ce nom que l’on donne bien volontiers lorsqu’un agent des forces de l’ordre nous demande aimablement de décliner notre identité, eh bien, j’en ai eu trois, utilisé cinq, et je signe cette biographie d’un sixième. […]

Journal. Samedi 17 janvier 2009, 10 h 15, dans le Paris-Nancy. Je me sens bizarre. L’impression d’avoir de la fièvre. Je me demande si j’ai bien fait, si je n’aurais pas dû insister pour que mon épouse m’accompagne. Heureusement que j’ai pris Grozdanovitch avec moi ; pendant trois quarts d’heure, il me permettra de ne pas penser, de me laisser bercer par l’intelligence aérienne et désinvolte de sa prose. Pourtant la réalité s’impose petit à petit. Je vais, de ce pas, vers un moment qui, quoiqu’il advienne très bientôt, changera ma vie. J’ai peur. L’excitation est maintenant retombée. J’ai même pensé faire demi-tour, mais je ne suis pas assez lâche. Tant mieux. Il fait gris, mon ventre se contracte, gargouille. J’ai faim, envie de fumer, une clope, un joint. Je pense à ma mère, à mon père, l’autre, celui dont je porte le nom, pas les gènes.

[…] Alors, oui, si on m’avait dit qu’un jour j’irais à la recherche de mon père biologique, jamais je ne l’aurais cru. Comme je le répétais à longueur de temps, j’ai toujours pensé que mon père n’était pas mon père, je me le suis toujours dit. Je ne sais plus trop ce que l’on m’a initialement raconté, mais la première chose dont je me souvienne ce sont ces fameuses corbeilles de fruits exotiques. À l’époque, je vivais chez mes grands-parents. Je voyais ma mère de temps à autre, enfin, il me semble. Et un jour, « Tiens, un cadeau de ton père ! ». Or je ne le connaissais pas ce père, je ne l’avais jamais vu, je ne savais pas qui il était et même, peut-être, pouvais-je imaginer que je n’en avais pas, après tout, tant qu’on ne nous l’a pas présenté, on ne sait pas que nous avons un père. Une mère, cela semble intuitivement naturel, mais, un père ? Et celui-là, donc, me faisait parvenir un cadeau qui était une corbeille de fruits. C’est là, véritablement, l’un de mes plus vieux souvenirs, plus vieux encore que celui du jour où je fouillai l’agenda pour trouver le nom de Gérald. Souvenir initial.

Sur le moment, je crois que je suis content. J’imagine que je suis content ; après tout, un cadeau, c’est toujours chouette. Mais lorsque je vois cette grosse panière en osier coloré, je suis pris d’un doute. Et lorsque je vois ces fruits étranges et inconnus, je ressens une profonde consternation. Des fruits, et bizarres encore. Mon père, ainsi personnifié, à défaut d’autre image, est une corbeille de fruits bigarrés ! À l’époque, je suis un garçonnet de trois ans, sage, voire apeuré dès lors que quelque chose sort de l’ordinaire, et cette corbeille de fruits exotiques sort totalement de l’ordinaire au point que ces fruits mêmes m’effraient. Voici donc le premier contact avec mon père, un contact plutôt abscons et qui ne représente rien sinon une chose qui ne me plaît pas, qui, intuitivement, ne m’inspire pas confiance. Plus tard, je me demanderai comment un homme sensé pouvait penser qu’une corbeille de fruits pouvait être un cadeau sympa pour un si petit enfant du début des années 70. Quoi qu’il en soit, quelques mois plus tard, je reçus une autre corbeille de fruits qui, certes, ne m’effrayaient plus autant, mais ne m’intéressaient pas davantage.

[…] Quelque temps plus tard, on me présenta un homme en ces termes : « Dis bonjour à ton père ! ». Et, comme j’étais un enfant poli et bien élevé, je répondis « Bonjour monsieur ». J’ai alors quatre-cinq ans et me voilà affublé d’un père qui, dans le fond, ne m’intéresse pas. Et, ni ma mère ni mon père ne décidant de me prendre avec eux, je reste chez mes grands-parents. Et je crois que je n’en suis pas mécontent. Car, mon père, celui dont les souvenirs correspondent à ce que l’on en dit dans les films, celui qui m’emmène à la pêche, celui avec qui je joue dans le salon, moi sur le cheval à bascule, lui attelant les chaises au divan pour nous permettre de parcourir les grandes plaines de l’Ouest, mon père, alors, c’est bien mon grand-père.

Certains n’ont pas de père. D’autres ont un père et plusieurs beaux-pères. Moi, j’ai eu un père qui ne l’était pas, un autre, biologique, absent, un grand-père qui a fait office de, et enfin, un peu plus tard, un beau-père. J’ai donc porté plusieurs noms de famille : un nom de naissance officiel et authentique, que je n’ai jamais utilisé, un officieux, que j’ai utilisé, un rendu officiel sur le tard, que j’utilise aujourd’hui, celui encore de mon beau-père, que j’ai parfois utilisé et, aujourd’hui, il m’arrive d’utiliser le nom de mon épouse lorsque je commande une pizza, simplement parce qu’il est sur l’interphone, par commodité. Pendant mon adolescence, je m’affublerai moi-même d’un énième nom, mon pseudo, parce qu’il fallait bien que quelque chose m’appartienne, en fin de compte. […]

L’identité

L’identité, ce truc que l’on se construit durant l’enfance. Ce truc qui commence par la sempiternelle question que l’on pose aux enfants « Tu t’appelles comment mon petit ? ». Je n’ai pas eu ce truc. Mon identité floue restera floue, simplement parce que je n’ai pas eu cette base qui sert à la construire. Tentatives d’explication.

À ma naissance, je m’appelle Pierre H. Mais, dès que j’entre à l’école, tous, des potes de la cité aux camarades d’école, en passant par les instituteurs, tous, m’appellent Pierre S., du nom de naissance de ma mère, du nom de mes grands-parents qui m’élèvent. Logique, jusque là. Et plus tard, bien plus tard, je n’aurai de cesse de m’interroger : comment a-t-il été possible de m’inscrire à l’école de la république sous ce nom ? Puis, en classe de sixième, le jour de la rentrée, c’est la grande collision de noms. Ce matin-là, ma mère m’avait prévenu qu’il pourrait y avoir un problème. Que, peut-être, lors de l’appel dans la cour de l’école, on m’appellerait sous le nom de H., mais que c’était une erreur administrative, un reliquat de sa jeunesse où elle s’était mariée à cet homme. Mon nom n’était pas H., mais C., alors, si on m’appelait par le premier, je ne devais pas répondre « Présent ! » mais signaler l’erreur à qui de droit. Et ça n’a pas loupé. Puisque, officiellement, authentiquement, mon nom est H., il n’y avait valablement aucune raison pour que l’on m’appelle autrement : me voilà donc seul au milieu de la cour avec un autre gamin. Moi, tout bien habillé par ma grand-mère, propre sur moi, lui, dépenaillé, fagoté comme l’as de pique. Contraste. Pourtant, lui, semblant ne se soucier de rien, vraisemblablement habitué à se retrouver dans des galères, moi, me sentant plus esseulé que jamais, perdu dans ce vide.

Dans le bureau du directeur — et notez bien comme cela fait toujours plaisir de se retrouver dans le bureau du directeur le premier jour de la rentrée des classes, à onze ans —, dans le bureau du directeur donc, le premier jour du collège, moment charnière où tout change, plus encore qu’au passage de la maternelle à la « grande école », ce premier jour, je tentais d’expliquer tant bien que mal ce que ma mère m’avait dit : « Maman a été mariée une première fois, ce n’est pas le bon nom, je suis désolé ». J’avais honte. Honte de cette situation, honte de ne pouvoir donner une explication claire et cohérente simplement parce que je ne comprenais pas ce que je vivais. Si je l’avais connu à l’époque, j’aurais pu me croire dans une histoire de Kafka. Le directeur me donna un mot à remettre à ma mère et demanda à la voir pour le lendemain matin. En attendant, je devais retourner en classe et répondre au nom de H., parce que c’était celui qui était inscrit dans le registre du collège.

Ma mère se présenta le lendemain matin et, « puissance parmi les puissances », obtint gain de cause. J’y reviendrais plus tard mais, à ce moment-là, un jugement en contestation de paternité était en cours et, comme l’administration est délicate, le directeur me chargea d’informer chaque professeur qu’il y avait une erreur de nom sur le registre et qu’il fallait changer ce H. en C., soit autant de douloureux moments que de professeurs existants. Pire que cela, cependant, était ma relation avec mes camarades. Ceux de l’école élémentaire, ceux de la cité, tous ceux que je côtoyais quotidiennement me connaissaient sous le nom de S. (rappelez-vous, celui de mes grands-parents) et, devant leurs yeux ébahis et leurs mines médusés, ils m’entendaient me faire appeler H. Nom que, moi-même, de surcroît, je rectifiai en C. Moult questions s’ensuivirent. Pléthores d’explications douteuses également, avec une honte plus grande encore que celle du jour précédent. Tous ceux qui ne me connaissaient pas assistaient à un changement de nom, ce qui, en soi, n’est déjà pas banal, mais tous ceux qui me connaissaient me voyaient successivement, dans la même minute, prendre deux noms différents de celui qu’ils connaissaient !

Cette honte indicible me collera longtemps à la peau. Un mal-être indescriptible, l’impression de n’être personne. D’être le jouet et la risée d’une entité supérieure qui disposait de moi à sa convenance, entité que je désigne aujourd’hui comme étant ma mère. Le plus drôle, le plus ironique, dans tout cela, c’est qu’à ce moment, Gérald C., l’homme à la corbeille de fruits, a totalement disparu de la circulation. Je ne le vois plus car ma mère et lui se sont séparés. Je dois alors porter le nom, lourd, d’un inconnu absent, d’un désormais disparu, d’un qui n’avait déjà pas été souvent là et qui, à présent, ne l’était plus du tout.

[…] Ainsi, je ne porterai jamais le bon nom au bon moment. Je ne pourrai jamais me rattacher à cette chose fixe qui nous détermine aux yeux des lois, aux yeux des autres êtres humains, par laquelle on s’identifie auprès d’autrui et de soi-même.

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